Cela commence par une situation toute bête, toute quotidienne: le besoin de m'isoler au bureau, auquel cas je risquerais fort bien de commettre un crime (de préférence sur les autorités en vigueur) et cela nous sommes d'accord, c'est un coup à me faire virer (au minimum).
J'ai donc ressorti mon MP3, la musique ayant ce pouvoir de m'emmener loin loin loin tout en faisant cependant mon petit travail de salariée.
Mon lecteur dormant sous la poussière depuis quelques années, j'ai redécouvert certains titres que j'y avais déposé.
Deux notes suffirent à me renvoyer à de vieux sourires, aux anecdotes passées, des petites choses, des petits riens au goût de bonbons.

Tu dois connaître cela Lecteur, une musique, un parfum qui te transporte des années en arrière... Un film peut être?
J'ai cela aussi, un film/mémoire: l'autre jour nous avons passé Les Goonies aux enfants. Te rappelles-tu Les Goonies? Tu sais bien... avec Sinok, le seul super moche adoré à l'unanimité par les gamins... De toute façon si tu me réponds non je ne te croirais pas.
Comme je l'adorais ce film... Comme voir mes enfants absorbés dans l'extraordinaire histoire de cette bande de mômes (qui n'en sont plus depuis belle lurette, nous vieillissons ami Lecteur, nous vieillissons...) qui crient, jurent et rient m'a ramenée à la mienne d'enfance... Ô combien j'ai aimé ce bond dans le passé, à me remémorer mes propres aventures, la famille de copains qui s'était formée naturellement dans notre quartier de village, les plus grands veillant sur les petits, les initiant aux gentilles bêtises, les défendant des "autres". Les "autres" étant le reste du monde mais surtout, surtout les gamins du lotissement d'en dessous qui venaient régulièrement chercher les ennuis.
Elle était chouette ma famille de copains, il y avait mon grand-frère d'abord et j'étais fière d'être de sa bande.
Il y avait son homonyme (qui d'ailleurs m'avait arnaquée en m'échangeant des portes-clef bien pourris).
Il y avait Cyril aussi, le blondinet qui était décrit par tous comme étant mon amoureux, ce qui était faux! Mais c'est vrai que l'on en en a passé des heures lui et moi à construire des vaisseaux de Legos ou des cabanes derrière sa maison (voui, j'étais un brin garçon manqué), je me demande ce qu'il est devenu...
Il y avait Stéphane pour qui j'avais le béguin, c'était un grand, un vrai, qui s'absentait la semaine pour ses études et passait du temps avec nous le week-end. Il était gentil Stéphane, il était patient avec nous, les petits.
Il y avait Mandarine bien sur, mon acolyte de toujours, ma belle-soeur Grosse adorée avec qui j'ai usé le bitume sur mes patins à roulettes.
Il y avait Marlène à qui l'on volait en douce des groseilles dans son jardin. Nous n'étions pas gentilles: nous jouions avec elle simplement pour avoir accès à sa balançoire (bouhouuuu les méchantes! Oui, mais elle avait tendance à être assez insupportable comme fille d'abord, et puis heu... ok tu as raison Lecteur, nous étions méchantes).
Il y avait Tomato-Ketchup qui m'a coursée plus d'une fois pour m'être foutue de sa poire (il semblerait que j'ai toujours été une chieuse).
Il y avait Jean-Luc, qui m'énervait un peu pour être le grand copain de MA Mandarine (moi jalouse??).
Il y avait Céline et Benjamin, Annabelle et Jérôme, Marc et Denis, les jumelles...
Et il y avait l'Homme. L'Homme qui n'était qu'un enfant, avec son petit côté couillon et timide, ses cheveux un peu trop longs et son super vélo (avec roues pleines et calles-pieds, imagine c'te chance!) à l'arrière duquel j'adorais monter. L'Homme... c'était lui mon amoureux.
Et on en a célébré des mardis-gras dans la rue, on en a fait des descentes de luges dans le pré au bout du quartier, on s'en est levé des gadins à vélo (j'ai un souvenir cuisant qui m'a valu quelques points de suture), on s'en est écorché des genoux sur le goudron... on a rigolé, pleuré, on s'est battus, c'était chouette!
Et puis j'ai eu neuf ans, il y a eu le déménagement et tout le reste.
N'empêche... ces années là, ce sont mes belles années, celles dans lesquelles je puise lorsque j'ai besoin de me "fabriquer du courage"*.

Et toi Lecteur? Elles ont quel parfum tes madeleines?

 

*expression pompée sans scrupule aucun à Memy